La Californie est en proie aux flammes depuis de nombreuses semaines. Dix foyers sont encore actifs dans l’État et mobilisent près de 11.000 secouristes. Parmi les pompiers en tenue jaune traditionnelle, 4000 hommes et femmes se démarquent avec leurs vestes et pantalons orange. Ces derniers ne sont pas des soldats du feu mais des détenus volontaires, choisis par l’administration pénitentiaire pour empêcher l’avancée des flammes.

Les prisonniers, après avoir été formés, sont envoyés sur le terrain pour empêcher l’avancée des flammes. Ce travail leur permet d’obtenir des remises de peine ainsi qu’une faible rémunération qui fait polémique.

Ils sont sélectionnés parmi les condamnés à des peines légères. Aucun ne peut avoir été condamné pour agression sexuelle, ou pour pyromanie, ni avoir déjà tenté de s’évader. Le métier nécessite également une bonne condition physique. Ils sont ainsi testés sur leurs aptitudes par le Camp de conservation du Département de la Correction et de la Réadaptation (CDCR) et sont ensuite formés, pendant deux semaines par CalFire. À l’issue de cette formation théorique et pratique, ils composent, sur le terrain, des groupes de 12 à 14 personnes et sont simplement placés sous la houlette d’un officier de l’Agence officielle de lutte contre les incendies.

Un salaire qui fait débat

Les détenus sont logés dans des dortoirs plutôt que des cellules.
Les détenus sont logés dans des dortoirs plutôt que des cellules. Lucy Nicholson/REUTERS

Pourtant si l’État de Californie présente ce programme comme une chance pour les détenus de pouvoir travailler sur «des projets significatifs», celui-ci est sujet à polémique. En effet, l’administration pénitentiaire met en avant les conditions de vie des détenus, qui sont plus agréables que dans les prisons traditionnelles. En effet, ces pompiers-prisonniers logent dans des camps de conservations où ils sont notamment logés dans des dortoirs et ont le droit à un régime alimentaire bien plus conséquent que les autres détenus, avec notamment la possibilité de faire des barbecues.

Mais ce que certains dénoncent, c’est l’exploitation de ces derniers. En effet, les détenus ne sont payés qu’un dollar de l’heure. Un salaire minimal qui a fait réagir Gayle McLaughlin, ancienne maire de Richmond, au nord de San Francisco. Alors qu’elle se présente pour devenir Lieutenant Gouverneur de l’État de Californie, elle a estimé qu’il ne s’agissait pas de travail mais «d’esclavage».

«Je supporte les programmes où les détenus peuvent réduire leur peine de prison en travaillant dans des «camps de conservations», en nettoyant les broussailles pour prévenir les incendies, et en luttant eux-mêmes contre les feux de forêt. Mais ils doivent être payés équitablement pour chaque jour de travail et un dollar de l’heure n’est pas un salaire juste», précise-t-elle sur son site de campagne. En comparaison, le salaire minimal des pompiers est de 20 dollars de l’heure.

Un enjeu économique

À cet argument, l’administration pénitentiaire répond que ce travail est le mieux payé des prisons de l’État. De plus, pour chaque journée travaillée, les détenus se voient offrir deux jours de remise de peine.

Du côté des détenus, la question de l’indemnisation divise. «Le salaire est ridicule», dénonçait La’Sonya Edwars, 35 ans, au New York Times . «Il y a des jours où nous sommes usés jusqu’à la moelle. Nous devons être mieux payés pour ce que nous faisons». Mais ce travail reste très convoité dans les prisons. Beaucoup sont touchés par l’hommage rendu par certains habitants qui accrochent des pancartes sur leur maison pour les remercier.

Si la présence de ces pompiers-prisonniers semble être indispensable pour lutter contre les incendies qui se multiplient, cela représente également un enjeu économique majeur. En effet, ces pompiers volontaires permettent à l’État d’économiser près de 100 millions de dollars. Et souvent au péril de leur vie. En février 2016, Shawna Lynn Jones, 22 ans avait été tuée près de Malibu, au nord de Los Angeles. Il ne lui restait que deux mois avant sa libération.

Source de l’article : Le Figaro

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