Une petite unité de SP du Finistère a mis au point une technique permettant de retrouver des corps immergés.

En ce jeudi d’exercices de sauvetage, un vent frisant les 100km/h déferle sur les côtes bigoudènes de Plobannalec-Lesconil (Sud Finistère). Près d’un sentier rocheux, une poignée de SP, chiens en laisse, s’abrite derrière ses fourgons. « Les simulations en mer vont être compliquées aujourd’hui », lâche l’adjudant-chef Pierre-Luc Signorino en charge des opérations. « Trop de houle pour sortir en mer. On va commencer par les recherches côtières ».

Cette équipe de SP, unique en son genre, innove dans la recherche de personnes disparues, et plus particulièrement immergées. L’unité cynotechnique (pistage d’une personne par odeur à partir d’indices olfactifs) du SDIS du Finistère a développé des techniques inédites et formé ses chiens sauveteurs au « questage » de corps en milieu maritime, côtier et portuaire, où les facteurs naturels et météorologiques sont nombreux.

« Le « questage » est une technique de flairage très complexe qui permet au chien de détecter, sur un secteur de recherche donné, toute personne vivante ou décédée », explique le capitaine Jacques Bello, en charge de ce type de manœuvre.

Il marque sa découverte en aboyant

Et l’entraînement commence : Maxime Signorino, 21 ans, part se cacher à 500 m, dans un creux de rochers, au niveau de l’eau, à portée des vagues déchaînées. L’adjudant Jérôme Brunet lâche alors Marley, son berger allemand de 2 ans, qui a suivi un entraînement pendant 18 mois. « Il a le vent de face, cela pourra lui faciliter la tâche, les odeurs lui sont moins compliquées à détecter ».

Grâce au « questage », le chien peut détecter, sur un secteur de recherche donné, toute personne vivante ou décédée.

En trois minutes, malgré les promeneurs et les curieux venus photographier la tempête, Marley s’engouffre dans une crevasse au ras de l’eau et retrouve Maxime. Il marque sa découverte en aboyant plusieurs fois et en cherchant son maître du regard.

Tandis que Jérôme Brunet lui jette une récompense, c’est au tour du sergent-chef David Suisse et de Max, son jeune malinois, tout juste arrivé dans l’équipe, de se lancer dans un exercice similaire. Puis c’est au tour du caporal Yohan Quéméneur de prendre la suite avec Jarho. Un plongeur se cache sous des pontons et un berger belge, équipé d’un gilet de flottaison, le retrouve en se jetant à l’eau ; ou bien, embarqué sur un BLS (bateau léger de sauvetage), le chien doit chercher sur un vaste plan d’eau.

Détecter un corps en mer jusqu’à 12m de profondeur

Après une expérimentation de cette nouvelle technique pendant trois ans, la note opérationnelle des SDIS, qui permet d’intégrer officiellement ces techniques au niveau national, vient d’être validée ; une belle victoire pour cette petite unité, de plus en plus demandée et composée à ce jour de quatre hommes et quatre chiens. « Nos chiens peuvent aujourd’hui détecter un corps en mer jusqu’à 12m de profondeur. Les corps immergés dégagent des gaz, des molécules odorantes qu’eux seuls sont capables de détecter ».

Le but de ce type d’intervention n’est pas de localiser très précisément un corps, mais plutôt de réduire le champ d’intervention afin de permettre de retrouver la victime plus rapidement. « Et ce en complément des autres moyens de recherche nautiques (sonar, plongeurs, etc) et autres unités de secours.

Opérationnels en 1h30

Au sein de cette unité pas comme les autres, la rigueur et l’efficacité sont les maîtres mots : les binômes conducteur-chien doivent pouvoir être opérationnels dans un délai de 1h30 au maximum sur le secteur d’intervention. Pour les personnes immergées, il est souvent trop tard. Mais ils peuvent permettre une économie de temps et de moyens pour retrouver un corps, et le rendre rapidement aux familles. « Pouvoir faire le deuil, notamment dans ces conditions, c’est d’une importance capitale ».

PIERRE-LUC SIGNORINO, UN ADJUDANT-INVENTEUR

L’adjudant-chef Pierre-Luc Signorino, de l’unité cynotechnique du SDIS 29, est à l’origine du développement des techniques de sauvetage de personnes immergées, dont la note opérationnelle vient d’être officiellement validée.

En 2017, sa petite équipe a été engagée sur 58 interventions. L’adjudant-chef Pierre-Luc Signorino, conseiller technique départemental au sein de l’unité cynotechnique du SDIS 29, est à l’origine du développement des techniques de sauvetage de personnes immergées.

A 53 ans, ce professionnel de l’éducation canine, maître-chien émérite, a derrière lui un long parcours dans le milieu. « Cela fait maintenant 33 ans que je travaille dans ce secteur », raconte ce SPV originaire de Lorient. J’ai commencé dans l’armée… ». A 20 ans, il a intégré le 41e régiment d’infanterie à Châteaulin (devenue école de gendarmerie depuis, NDLR), se spécialisant dans le chenil, puis le peloton régional canin de Saint-Cyr Coëtquidan, « avant de rejoindre un dépôt de munitions du côté de Chartres ».

Il devient, par la suite, sous-officier, puis instructeur cynotechnicien niveau 2 et intègre les unités militaires de la sécurité civile à Nogent-le-Rotrou en tant que conseiller technique, où il intervient à l’international, avant de terminer sa carrière dans l’armée au sein du 132e bataillon cynophile à Suippes, près de Reims.

Un dernier poste qui lui fera notamment prendre en charge la cellule de chiens détecteurs d’explosifs. « C’est à cette période, il y a onze ans, que j’ai volontairement quitté l’institution militaire et que j’ai trouvé un poste dans ma région d’origine ». C’est donc en bord de mer, au sein du SDIS 29, qu’il expérimente et peaufine ses techniques de questage sur les côtes et en mer.

« J’ai bossé de façon complémentaire avec une vétérinaire qui a fait une thèse reconnue sur le sujet. Depuis quelques mois, un groupe de travail national des unités cyno du SDIS s’est mis en place pour peaufiner nos spécialités ».

 Source de l’article : leparisien

Commentaires(s)

comments