Le général Gallet a adressé mardi aux 8 500 pompiers de Paris un courriel pointant des dysfonctionnements entre service de secours après la mort d’un de ses hommes à Villeneuve-Saint-Georges, le 4 septembre.

Le courriel est tombé, mardi après-midi, sur la boîte mail professionnelle des 8500 sapeurs-pompiers parisiens. Leur chef, le général Jean-Claude Gallet, 53 ans, a pris l’initiative de leur adresser directement ce message, sans passer par son autorité de tutelle, la préfecture de police. « Profonde tristesse, colère, indignation sont des sentiments qui nous animent tous, lâche Gallet. Une société qui ne protège pas ses anges gardiens est vraiment malade. Le SP n’est pas là pour être le punching-ball d’une violence irrationnelle. »

L’émotion est grande depuis la mort du caporal Geoffroy Henry, 27 ans, poignardé par un schizophrène le 4 septembre, à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne). Il partait pour une intervention tristement banale. S’il ne dit pas expressément que le drame aurait pu être évité, le général Gallet insiste sur le fait que l’équipage ne disposait pas des informations nécessaires pour évaluer la dangerosité de la situation, l’appel ayant été initialement reçu par le SAMU. Dans le courriel de trois pages que nous nous sommes procuré, il dénonce ainsi la « faible communication entre les acteurs de l’urgence qui fonctionnent avec des schémas éculés ».

Le général Jean-Claude Gallet, commandant de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris./BSPP

« Vous avez besoin de savoir », « nous avons besoin de savoir », écrit le haut gradé. Et de détailler les circonstances du drame. Alors que le schizophrène de Villeneuve-Saint-Georges se dirige très calmement vers le camion, il se ravise, expliquant avoir oublié sa carte vitale et « retourne sur ses pas à l’intérieur de la maison », suivi de deux SP. « Soudain, l’individu pénètre dans la cuisine qui jouxte l’entrée, se saisit d’un couteau et poignarde avec fulgurance les deux SP. » Le caporal Henry décède dans la soirée.

 

La gestion des appels, point de friction avec le SAMU

« Des points doivent être éclairés », martèle Jean-Claude Gallet : « Les premiers éléments d’analyse en interne pointent une demande de nos moyens qui n’est pas fondamentalement justifiée et une sous-évaluation du caractère dangereux de la victime ». Le général évoque un point de friction récurrent avec le SAMU en région parisienne : la gestion des appels téléphoniques. Les sapeurs-pompiers de Paris sont des militaires rattachés hiérarchiquement à la préfecture de police de Paris. Les appels vers le numéro d’urgence des pompiers (18) mais aussi de la police (17), ainsi que le numéro européen (112) sont centralisés dans un seul et même centre de réception, situé porte de Champerret (XVIe), et cela quel que soit le lieu d’où ils ont été émis à Paris ou en petite couronne. Les appels au SAMU (15) sont traités à part, selon une logique départementale. Les SP plaident de longue date pour une plate-forme unique.

L’orientation des missions fait aussi débat. Les SP veulent se concentrer sur ce qu’ils estiment être leur cœur de métier – la lutte contre les incendies et les secours à personne en cas d’urgence – alors qu’ils sont de plus en plus sollicités pour assister des personnes alcoolisées ou faire de la « bobologie ». Malaise palpable : selon une source interne, 30 % des recrues abandonnent lors de la première année. Les agressions, dont ils sont de plus en plus souvent victimes, jouent aussi dans cette désillusion professionnelle.

 

DES AGRESSIONS EN HAUSSE AUTOUR DE PARIS

Mardi 4 septembre, deux pompiers ont été attaqués à coups de couteau à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne). l’un d’entre eux a succombé à ses blessures./LP/Charlotte Follana

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’accroît année après année : les SP ne sont plus épargnés par la violence de la société et deviennent désormais des cibles récurrentes. Selon les derniers chiffres de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), 2280 SP ont été victimes d’une agression en 2016 en France, soit une progression de 17 % par rapport à 2015.

A Paris et dans les trois départements limitrophes (Hauts-de-Seine, Val-de-Marne et Seine-Saint-Denis) où officient les 8500 pompiers professionnels de la BSPP, cette hausse s’est particulièrement accélérée depuis deux ans : en 2017, 122 attaques d’équipages en intervention ont eu lieu, visant 198 SP, contre 74 l’année précédente et 114 victimes. En 2018, 160 SP ont déjà été agressés à fin août, et l’année n’est pas finie. Cela représente une agression tous les cinq jours. La grande majorité de ces incidents sont à plus de 85 % des attaques physiques. La plupart du temps, ces agressions sont perpétrées par les personnes secourues.

Face à cette situation, le commandement de la BSPP a décidé depuis 2015 d’appliquer la « tolérance 0 » en poussant les SP victimes à déposer plainte systématiquement. Plus de 90 % le font et en moyenne, un petit tiers de ces procédures aboutit à une décision de justice.

Source de l’article : leparisien

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